Deuil impossible

Le deuil après un pervers narcissique est l’un des plus complexes qui soient, parce qu’il porte sur des objets paradoxaux. On ne fait pas le deuil d’une personne qui existait : on fait le deuil d’une image, d’une promesse, d’un fantasme. Le partenaire aimant du début était un faux self, une construction calculée pour séduire. Pleurer sa disparition, c’est pleurer quelque chose qui n’a jamais existé, ce qui est cognitivement déstabilisant.

Le deuil porte aussi sur l’avenir rêvé, les projets construits ensemble, la vie imaginée. Toutes ces projections, alimentées par le future faking, s’effondrent d’un coup. La victime ne perd pas seulement un partenaire : elle perd un monde entier. C’est une blessure narcissique considérable.

Ce deuil est encore compliqué par le lien traumatique. Le sevrage émotionnel qui suit la rupture s’apparente à un sevrage addictif. Le cycle de punition et de récompense a créé une dépendance aux pics émotionnels de la relation. La normalité retrouvée après la séparation est vécue comme un vide insupportable. La victime confond l’absence de chaos avec l’absence de vie.

Un deuil qui ne se fait pas ne reste pas simplement en suspens. Il se transforme en dépression, en anxiété chronique, en incapacité à réinvestir de nouvelles relations. Le travail thérapeutique consiste à accompagner chaque étape du deuil : le deuil du partenaire fictif, le deuil de l’avenir promis, le deuil de la personne que l’on était avant, et parfois le deuil d’une justice qui ne viendra probablement jamais.

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