La dissociation est un mécanisme de défense archaïque que le psychisme mobilise lorsque la menace est trop intense pour être affrontée directement. Face à une agression dont on ne peut ni fuir ni se défendre, le cerveau opère une déconnexion : le sujet se retrouve « à côté » de ce qui se passe, comme spectateur de sa propre vie.
Chez les victimes de pervers narcissique, la dissociation peut prendre plusieurs formes. La dépersonnalisation : se sentir étranger à soi-même, comme dans un rêve. La déréalisation : percevoir le monde extérieur comme irréel ou lointain. L’amnésie dissociative : ne pas se souvenir de certains épisodes particulièrement violents. Ou une forme plus diffuse : un engourdissement émotionnel, une incapacité à ressentir la peur, la colère ou la tristesse que la situation devrait normalement susciter.
Ce mécanisme est adaptatif à court terme : il protège le psychisme de l’effondrement. Mais à long terme, il devient un obstacle à la prise de conscience et à la sortie d’emprise. La victime dissociée ne ressent plus la souffrance, ce qui l’empêche de prendre la mesure de ce qu’elle subit. Elle peut décrire des situations objectivement graves avec un détachement qui déroute son entourage : « Il m’a insultée pendant deux heures, mais bon, c’était pas si grave. »
En thérapie, le travail sur la dissociation est délicat. Il ne s’agit pas de « forcer » la reconnexion émotionnelle, ce qui pourrait provoquer un effondrement, mais de créer les conditions de sécurité suffisantes pour que le psychisme puisse, à son rythme, réintégrer les expériences qui avaient dû être mises à distance. L’EMDR et d’autres approches centrées sur le trauma sont particulièrement indiquées dans ce travail.