Le déni, en psychanalyse, est un mécanisme de défense par lequel le sujet refuse de reconnaître une réalité perçue comme menaçante pour son intégrité psychique. Freud distinguait le déni (Verleugnung) du refoulement : dans le refoulement, la représentation est rendue inconsciente ; dans le déni, elle est perçue mais sa signification est activement rejetée.
Chez le pervers narcissique, le déni opère à un double niveau. Sur le plan structurel, il porte sur la reconnaissance de l’autre comme sujet : le manipulateur nie, au sens le plus profond du terme, que l’autre puisse avoir des besoins, des émotions et des droits légitimes. Sur le plan relationnel, il se manifeste par le refus systématique de reconnaître ses propres actes : « Je n’ai jamais dit ça. » « Ça ne s’est pas passé comme ça. » « Tu déformes tout. »
Ce déni relationnel est le premier temps du processus d’inversion accusatoire (le DARVO décrit par Jennifer Freyd). Il est aussi l’un des vecteurs principaux du gaslighting : à force de nier des faits dont la victime a été témoin direct, le manipulateur finit par ébranler sa confiance dans ses propres perceptions.
Le déni du pervers narcissique ne doit pas être confondu avec le déni de la victime, qui est un phénomène distinct. La victime en déni refuse de voir la réalité de la situation toxique dans laquelle elle se trouve, non par malhonnêteté mais par nécessité psychique : admettre la vérité impliquerait un effondrement qu’elle n’est pas encore prête à affronter. Ce déni protecteur est souvent l’un des premiers obstacles que la thérapie doit accompagner, avec patience et sans jugement.