Clivage

Le clivage est un concept psychanalytique introduit par Melanie Klein pour décrire un mécanisme de défense propre aux premières phases du développement psychique. Le nourrisson, incapable de concevoir que la même personne puisse être source de satisfaction et de frustration, sépare son monde en deux : le « bon objet » (la mère qui nourrit) et le « mauvais objet » (la mère qui se dérobe). Cette division est normale chez le très jeune enfant. Elle devient pathologique lorsqu’elle persiste à l’âge adulte comme mode dominant de fonctionnement.

Chez le pervers narcissique, le clivage opère de manière massive et constante. Les personnes de son entourage sont soit merveilleuses, soit méprisables, souvent tour à tour. La victime le vit concrètement dans le passage brutal de l’idéalisation à la dévaluation : celle qui était « la femme de sa vie » devient « la pire erreur de son existence », sans transition, sans explication, sans événement déclencheur proportionné.

Ce fonctionnement en noir et blanc a des conséquences directes sur la dynamique d’emprise. D’une part, la phase d’idéalisation est d’autant plus intense que le clivage la purifie de toute ambivalence. Le pervers narcissique ne vous apprécie pas : il vous idéalise. D’autre part, le basculement vers la dévaluation est d’autant plus brutal que la nuance est structurellement impossible pour lui.

Le clivage explique également pourquoi le pervers narcissique est incapable de remords authentiques. Le remords suppose la capacité à intégrer deux représentations contradictoires : « j’ai fait quelque chose de mal » et « je suis quelqu’un de bien ». Cette intégration, que les psychanalystes appellent la « position dépressive » (Klein), est précisément ce que le clivage rend impossible. Le pervers narcissique ne peut pas reconnaître ses torts sans que cela ne menace l’ensemble de son édifice narcissique.

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