Pervers narcissique parent
Avoir un parent pervers narcissique constitue une configuration développementale particulière, qui inscrit dans la psyché de l’enfant des marques différentes de celles d’une relation conjugale pervertie commencée à l’âge adulte. L’enfant ne choisit pas son environnement, il ne peut pas partir, et il dépend matériellement et affectivement de la personne qui l’agresse. Cette captivité originelle produit des effets sur la construction du sujet qui peuvent persister toute la vie, en l’absence de travail psychique spécifique.
Les modalités de la perversion parentale varient. Certains parents pervers narcissiques manifestent un rejet ouvertement hostile, font de l’enfant le bouc émissaire de la famille, le désignent comme la source de tous les problèmes. D’autres, à l’inverse, le surinvestissent comme une extension narcissique, exigeant qu’il représente, par ses performances, ses choix, son apparence, ce que le parent veut donner à voir de lui-même. Entre ces deux pôles, on trouve souvent une oscillation imprévisible entre survalorisation et disqualification, qui constitue le coeur de l’expérience de l’enfant : il ne sait jamais à quoi s’attendre, et son existence subjective n’est jamais validée pour elle-même.
Sur le plan clinique, les effets à l’âge adulte sont reconnaissables. Une hypervigilance relationnelle quasi automatique, qui scanne les visages et les intonations pour anticiper un changement d’humeur. Une difficulté à connaître ses propres besoins, masqués depuis l’enfance derrière les besoins parentaux. Un faux self relationnel particulièrement développé. Une attraction inconsciente vers des partenaires qui reproduisent la dynamique parentale, par familiarité du registre. Une culpabilité chronique, sans objet précis, qui colore toute action ou toute réussite. Les travaux d’Alice Miller, en particulier C’est pour ton bien et Le drame de l’enfant doué, ont décrit avec précision ces configurations et leurs effets durables.
La reconstruction des enfants de pervers narcissiques est généralement longue. Elle suppose souvent une mise à distance du parent, parfois temporaire, parfois définitive, contre les injonctions familiales et sociales au lien filial. Elle passe par la reconnaissance que ce qu’on a vécu était bien une forme d’abus, et non l’amour normal d’un parent imparfait. Elle se déploie dans une thérapie longue, qui permet de désinstaller progressivement les défenses précoces et de retrouver l’accès à un sentiment d’existence propre. Les groupes de parole et la lecture de témoignages d’autres enfants de pervers narcissiques peuvent compléter ce travail individuel.