Le contrôle coercitif (coercive control) est un cadre conceptuel développé par le sociologue américain Evan Stark dans les années 2000, qui propose de penser la violence conjugale non pas comme une série d’épisodes violents isolés, mais comme un système organisé de domination. L’agresseur restreint progressivement les libertés de sa victime, monopolise les ressources économiques, contrôle les déplacements, les vêtements, les contacts sociaux, les choix professionnels, jusqu’à instaurer un état de captivité psychique et matérielle, sans nécessairement recourir à la violence physique.
Ce modèle a permis de nommer ce que beaucoup de victimes décrivaient mais que les institutions peinaient à reconnaître : la souffrance, le danger et la perte d’autonomie ne se mesurent pas seulement aux coups ou aux cris, mais à l’érosion silencieuse de la capacité d’agir, de choisir, d’exister comme sujet libre. Le coût psychique du contrôle coercitif peut être supérieur à celui de la violence physique parce qu’il s’inscrit dans la durée et qu’il colonise l’intérieur même de la victime, qui finit par anticiper et intérioriser les exigences de son agresseur.
Le Royaume-Uni a fait du coercive control une infraction pénale en 2015. L’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles ont suivi. La France a longtemps résisté à cette intégration juridique, mais une proposition de loi visant à reconnaître spécifiquement le contrôle coercitif a été déposée à l’Assemblée nationale en 2023, puis adoptée définitivement le 10 mars 2025. La reconnaissance institutionnelle permet aux services sociaux, à la justice et aux professionnels de santé de qualifier ce qu’ils observent avec un cadre commun.
Pour la clinique, ce concept ouvre des questions thérapeutiques majeures. Sortir d’une situation de contrôle coercitif, ce n’est pas seulement quitter une personne, c’est refonder un rapport à soi-même, à la décision, au temps, à l’argent, au corps, qui a été massivement attaqué. La reconstruction y est plus longue et plus complexe que dans le cas de violences physiques isolées.