Gaslighting

Le gaslighting désigne une forme de manipulation où l’agresseur conduit méthodiquement la victime à douter de sa propre perception, de sa mémoire et de son jugement. Le mot est tiré du film de George Cukor sorti en 1944, dans lequel un mari fait varier l’intensité des lampes à gaz de la maison tout en niant à sa femme que cela se produise, jusqu’à la convaincre qu’elle perd la raison.

Cette tactique est centrale dans la relation d’emprise installée par un pervers narcissique. Elle ne se manifeste pas par un mensonge isolé mais par un travail de sape continu, qui touche aussi bien les faits concrets (« je ne t’ai jamais dit cela », « tu inventes ») que les ressentis (« tu exagères », « tu es trop sensible », « tu vois le mal partout »). Au fil du temps, la victime perd ses repères : elle ne sait plus si ses souvenirs sont fiables, si ses émotions sont légitimes, si sa lecture de la réalité est juste.

Le mécanisme psychique en jeu peut s’éclairer par la notion d’effondrement de la fonction réflexive développée par Peter Fonagy. La capacité à penser ses propres pensées et celles d’autrui, qui constitue le socle de l’autonomie psychique, est progressivement érodée par l’inflation des contradictions imposées. La victime se retrouve dans une dépendance cognitive à l’agresseur, qui devient la seule source d’interprétation cohérente, paradoxalement, de sa propre vie.

Reconnaître le gaslighting demande souvent un travail rétrospectif. La personne qui l’a subi a généralement intériorisé l’idée qu’elle est instable ou défaillante. Le travail thérapeutique consiste d’abord à restaurer la confiance dans ses propres perceptions, en validant ce qu’elle a vu, entendu, ressenti. C’est une étape indispensable pour amorcer la sortie de l’emprise.

Quitter le site