Le syndrôme d’aliénation parentale

Le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) a été conçu en 1987 par Richard Gardner, psychiatre et professeur de pédopsychiatre à l’Université de Columbia aux Etats-Unis. Il définit le SAP pour rendre compte d’une situation extrême et pathologique lorsqu’un couple se sépare. Le syndrome d’aliénation parentale désigne alors la manipulation psychologique qu’exerce l’un des deux parents (le parent aliénant) sur l’enfant pour le détourner de l’autre parent (le parent aliéné). Autrement dit, le parent aliénant rend l’enfant dépendant de lui et de son discours à l’égard de l’autre parent. Le parent aliéné est, au même titre que l’enfant, soumis aux agissements psychologiques pervers du parent aliénant.

 

Lorsqu’une famille connaît la rupture des deux conjoints, il y a toujours un parent qui essaie de s’accaparer l’enfant pour lui seul. Dans la cas du SAP, cette appropriation de l’enfant à soi-même est pathologique. C’est-à-dire que l’un des deux parents (souvent la mère) cherche, parfois de manière inconsciente, à railler l’existence de l’autre parent ; il travaille à la destruction des relations avec le parent exclu. Pour atteindre son objectif, la parent aliénant exerce une autorité tyrannique sur l’enfant pour le détourner du parent resté à l’écart. Pour confisquer l’enfant et en faire sa proie, le parent-tyran est habile et expert dans l’art du discours. Il passe son temps à disqualifier le parent exclu pour que l’enfant le perçoive à travers le même regard que le sien. Il tente de transformer son enfant en un clone parfait de lui-même : l’enfant pense comme lui, réfléchit comme lui et agit comme lui. Résultat : l’enfant atteste d’un comportement fidèle au complot du parent aliénant. Voici les manifestations comportementales que l’on observe fréquemment chez un enfant qui a subi un véritable « lavage de cerveau » par le parent manipulateur :

  • Rejet, voire haine du parent exclu.
  • Les raisons qu’il invoque pour justifier sa haine ne sont pas crédibles (on sent que le parent aliénant est à l’œuvre derrière les paroles de l’enfant).
  • Absence de culpabilité face au parent « victime » (la perversion du parent a conquis le cœur de l’enfant, qui n’éprouve aucune empathie pour le parent délaissé).
  • Conformité des paroles de l’enfant à ce qu’attend le parent aliénant (le discours de l’enfant est une copie conforme à l’orignal).
  • Absence d’ambivalence (l’enfant n’admet plus de nuances dans l’amour qu’il porte à ses parents. Par conséquent : tandis qu’un parent est absolument bon, l’autre est absolument mauvais ; l’un a toutes les qualités du monde et l’autre tous les défauts).
  • L’animosité de l’enfant s’étend à la famille du parent visé (l’effet de généralisation opère : détester l’autre parent, c’est détesté tout ce qui a un lien avec lui, et donc sa famille).
  • L’enfant oublie des souvenirs positifs avec le parent aliéné.

En résumé, l’enfant est instrumentalisé par le parent aliénant. Il est devenu un enfant-soldat, capable des mêmes atrocités que son bourreau. L’enfant est l’instrument d’une vengeance entre conjoints qui le dépasse. Il est contraint de faire un choix qu’aucun enfant est en mesure de faire : choisir entre ses deux parents. Malgré lui, il s’exécute et s’attache à détruire l’image du parent qu’il doit rejeter pour conserver l’amour du parent qui le garde sous son emprise. Le dénigrement du parent exclu est progressif et passe par de petits actes isolés comme refuser de passer le téléphone à l’enfant quand l’ex-conjoint appelle, prévoir des activités extra-scolaires sur le temps imparti au parent aliéné, faire semblant d’oublier le carnet de santé que le parent exclu devait récupérer… Parallèlement à cet anéantissement de la famille qui opère en vase-clos, le parent-victime souffre de sa mise en quarantaine et tombe peu à peu dans une spirale dépressive. Privé de son enfant, il se sent comme privé de lui-même et perd son énergie, sa motivation, ses envies.

Le syndrome d’aliénation parentale est considéré comme un cas de violence ou de maltraitance psychologique peu reconnu par la justice, mais qui va à l’encontre des textes relatifs au droits de l’enfant. Le SAP provoque des conséquences dramatiques pour la construction psychique de l’enfant : l’enfant grandit dans un climat de haine qui pèse sur lui. Il est perturbé dans son développement car il est forcé d’haïr une partie de lui-même : l’amour qu’il porte au parent exclu. L’enfant contraint de se haïr lui-même pourra connaitre des séquelles psychologiques certaines une fois devenu adulte. En effet, il risquera de vivre encore avec une personnalité divisée en deux : l’une dominée par l’emprise et la dépendance à un tiers et l’autre marquée par le refus de soi-même, de ses propres pensées et de ses émotions intimement personnelles. Il pourra avoir des difficultés dans le processus d’affirmation de soi et pourra souffrir d’une faible estime de soi si une démarche psychothérapique n’est pas mise en place.

Voir le témoignage ce CC : IN DRAMA RÉPÉTITA 

Pascal Couderc

Psychanalyste

Paris et Montpellier

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