Épisode 13 : l’assujettissement pervers

Son mode d’application : l’assujettissement pervers

Il est à noter que le pervers narcissique vise plus à détruire qu’à emmagasiner ce qui lui manque et qui vous appartient : s’il devait s’en trouver soudain acquéreur, il ne saurait probablement pas quoi en faire. Sa recherche est anachronique puisque la bienveillance qu’il n’a pas trouvée dans le regard et les soins maternels manqueront à jamais. La substance qu’il prend à l’autre ne peut pas lui suffire parce qu’elle est « digérée » dès qu’elle est ingérée et qu’il n’en reste rien. Cela explique la surenchère et la répétition incessante des démarches du pervers narcissique. Son besoin d’être nourri par l’autre se renouvelle continuellement, car il est affecté de ce que l’on peut appeler une

« hémorragie narcissique » permanente. Apparemment sûr de lui, il a en fait la nécessité d’être à tout instant « réapprovisionné » en estime et en image valorisante de lui-même.

Nathalie se souvient des demandes de Jacques qu’elle avait, sur le moment, prises comme des plaisanteries ; il lui demandait sans cesse si elle aimait ses muscles, sa bouche, son corps. Elle le trouvait magnifique et le lui disait, mais il insistait, puis semblait rassuré. Il est si séduisant, quel homme ! pensait-elle.

On l’aura compris, dans l’assujettissement, c’est-à-dire pour mettre une personne sous sa domination, sous son emprise, toutes les manœuvres sont utilisées. Paraître le plus beau, le plus fort, le plus brillant… Mais surtout, user de toutes les manipulations possibles, de la dévalorisation à   l’isolement, la mise en dépendance, etc. Rien ne sera épargné à la compagne du pervers narcissique.

À   prononcer le mot « pervers », il vient à l’esprit un autre terme : « tordu ». Il est, oui, pour le moins tortueux, cet être vide, orgueilleux, qui sait tirer les ficelles de la relation sans que l’autre ne s’aperçoive de rien avant des mois, voire des années. Sa perversion s’exprime dans le machiavélisme avec lequel il agit, pour atteindre ses buts. Il s’arrange non seulement pour que le lien de dépendance de l’autre à son égard soit total et apparaisse irremplaçable, mais il arrive aussi à  faire croire à sa partenaire que c’est d’elle que vient cette demande. « Heureusement que je suis là ! », « Laisse-moi faire, tu n’y connais rien. » Il instaure une relation de dépendance qu’il induit et que sa partenaire ne recherchait pas consciemment.

Son art consiste principalement à savoir obtenir énormément, sans avoir l’air d’y toucher : il critique, mais ment aussi, en se contentant souvent de falsifier la vérité, ce qui rend beaucoup plus contestable le mensonge, etc.

Pour couronner le tout, le pervers narcissique est évidemment insensible à la souffrance d’autrui : il ne peut, dans de telles circonstances, se payer le luxe d’avoir un affect (ce qui lui est impossible : pas d’empathie, pas de compassion) ! Il s’affiche cependant comme le bon Samaritain du lot : « Je fais tout pour toi, et comment me récompenses-tu ? Par des jérémiades et des lamentations ! » Car, n’en doutez point, l’estocade sera portée par le biais du reproche, surtout si sa compagne s’avise de vouloir se soustraire à ses griffes avant que lui-même ne l’ait décidé, c’est-à-dire lorsqu’elle se révèle désormais hors d’usage, vidée à son tour.

Il ne faut pas diaboliser le pervers narcissique, car il ne s’agit pas toujours d’un tueur sanguinaire au sens propre du terme… Mais il assassine quand même beaucoup au sens figuré ! Pour sortir d’une telle relation (y rester signifierait souffrir à l’infini), la femme n’a d’autre ressource que de chercher des appuis à l’extérieur.

« Depuis que j’ai commencé cette thérapie – en cachette de lui, bien entendu – je m’aperçois de bien des choses, j’en prends conscience. Avant, j’étais très déprimée, je me “traînais” littéralement, surtout dans les derniers mois. Je n’avais plus du tout d’énergie, de ressort. Je me sentais inutile, médiocre. Maintenant, je ressens de la colère. Le problème est que je ne sais pas quoi faire de cette colère, car j’avoue avoir encore peur de Jacques… Je ne sais pas ce qu’il ferait si je tentais de le quitter… Et puis, par moments, je pense que je l’aime toujours… Je suis dans une période de flottement difficile, complexe. Mais ce qui me semble positif, c’est que désormais, depuis quelques semaines en tout cas, je me pose une question précise, presque constamment : comment ne plus souffrir ? Et j’ai envie d’y trouver une réponse. Alors, je me dis que j’y arriverai. »

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